Nous chantions autrefois : « J’ai reçu le Dieu vivant et mon cœur est rempli de joie. » Nos chants sont toujours marqués par des imperfections, à chaque époque, mais ils sont porteurs plus souvent qu’on ne le croit de véritables bombes spirituelles, si nous prenons la peine de réfléchir un peu aux conséquences, à la signification profonde de ce que nous chantons. Accueillant le Verbe fait chair, accueillant l’Esprit du Père et du Fils, je permets à Dieu d’entrer, de venir en moi, pour y établir sa demeure. « Dieu est avec nous, en nous, et nous sommes le corps du Christ. » Cette communion de l’âme avec et dans la Trinité est à la fois déjà là, déjà donnée à vivre, et en même temps, elle n’est pas encore complètement réalisée.
Ce n’est que dans la gloire, lorsque nous verrons Dieu face à face, que nous lui deviendrons semblables, que la communion avec lui sera entière et parfaite. – Jn 1,3-2). Les mystiques ont compris ce que nos raisonnements échouent à dire, car ils en ont en fait l’expérience, et ont cherché à le communiquer dans un langage poétique. Voici quelques grands témoins parmi tous ceux qui ont cherché à dire ce qu’ils avaient perçu de cette présence Divine de la Très Sainte Trinité en nous.
Maître Eckhart, le grand mystique dominicain, n’a eu de cesse de chercher à faire comprendre à ses auditeurs que la seule chose que Dieu attendait d’eux, c’est qu’ils se donnent totalement à Lui, comme Dieu se donne totalement à eux. La vie spirituelle selon maître Eckhart, et tout le courant de la mystique rhénane, consiste à « être vide pour que Dieu y entre ». Eckhart insiste en effet, sur ce point essentiel de la doctrine de l’Habitation Trinitaire en nous : Dieu ne peut et ne veut nous imposer sa présence. Si nous lui fermons notre porte, si nous sommes trop remplis de nous-mêmes, trop occupés, il ne reste pas de place pour cette présence gratuite de Dieu.
Lorsque Dieu peut se donner à l’âme, c’est bien Dieu qui se donne, Père, Fils et Saint Esprit. Dans le fond de l’âme, comme dans l’éternité, le Père ne sait pas être autre chose que Père, engendrant éternellement son Fils dans l’amour qu’est l’Esprit. Dieu en moi engendre son Fils et de ce fait le Verbe en moi se fait chair. Personne ne peut à proprement parler dire la Parole. Cette œuvre lui est si propre que personne ne peut l’opérer que le Père. Dans cette œuvre, Dieu opère toute son œuvre et le Saint-Esprit y est impliqué et toutes ses créatures.
Car Dieu opère cette œuvre dans l’âme, cette œuvre qui est sa naissance ; sa naissance, c’est là son œuvre, et la naissance est le Fils. Cette œuvre, Dieu l’opère au plus intime de l’âme, et de façon si cachée que n’en savent rien ni les anges ni les saints, et l’âme elle-même ne peut rien faire à cela que de la pâtir, car cela ne relève que de Dieu seul. Où Dieu se trouve, il est Père engendrant le Fils dans l’Esprit. Cela est vrai de l’éternité, cela est vrai en nous, si Dieu peut y établir sa demeure.